Les 1ères Apparitions de l'Immaculée vues par les religieuses et les élèves de l'École du Sacré-Cœur

Le mercredi 18 mars 1896, fête de l'Archange St Gabriel et 1ères Vêpres de la fête de St Joseph, dans l'école congréganiste de Tilly tenue par les religieuses du Sacré-Coeur de Coutances, comptant 68 élèves, Mère Saint- Patrice, supérieure, dit aux fillettes : " Faites bien vos prières, mes enfants, pour vous préparer à la fête de St Joseph."

Une des élèves, Louise Fontaine alerte une autre, Françoise Levieux en disant : "Tiens on dirait que M. Lepetit a mis une Sainte Vierge dans son champ !" Celle-ci regarde, se lève vivement et interrompt avec émotion la supérieure : "Oh! Madame, que c'est beau ! On voit la bonne Vierge là-bas !"

Tout ce petit monde, les trois sœurs et tous les enfants voient le même spectacle. Elles voient vers l'est, au-delà du vallon séparant les deux parties du village, dans la direction des fours à chaux de M. Lepetit (fondateur de l'école du Sacré-ur), à 1200m environ, au-dessus des arbres dépouillés par l'hiver, une Vierge rayonnante de lumière, dans l'attitude de l'Immaculée Conception. Malgré la distance, on la croirait à 40 ou 50 m. Elle est très distincte en ses contours et paraît de grandeur naturelle. Elle est vêtue d'une robe blanche, serrée à la taille par une large ceinture d'un bleu très pâle, nouée par devant, les pans retombant librement. Un voile transparent recouvre sa tête sans cacher le front, et enveloppe le corps tout entier dans ses plis gracieux... Tout autour de la Vierge, il y a comme une auréole blanche comme neige, mais pas du même blanc que la robe. Enfin, le tout se trouve dans un nuage rose qui déborde gracieusement à droite et à gauche. Bien entendu, le visage de la Vierge est d'une beauté du Ciel et non de la terre. Il respire autant de majesté que de bonheur.

Que font les spectatrices devant cette merveille ? Elles prient. Non pas seulement le chapelet, mais le Rosaire. Même les plus petites, à genoux, sur les tables, semblent ignorer la fatigue. Et plus on prie, plus l'Apparition paraît radieuse. La scène dure une heure un quart.

L' Immaculée apparaît encore plusieurs fois notamment le 25 mars, fête de l' Annonciation. Après une distraction générale causée par un incident, les élèves supplièrent la Sainte Vierge de rester et elles furent exaucées. Leurs prières redoublèrent et l'Apparition se fit plus resplendissante encore. La Vierge joint les mains à plusieurs reprises et semble s'unir aux prières des voyantes qui s'écrient alors : "Elle prie avec nous !... oh !...qu'Elle est belle..." Mieux que cela, l'Apparition semble, à un moment, s'avancer vers l'école et toutes s'écrient alors : "Elle vient ! Elle vient vers nous !" Elle ne vint pas tout à fait, même si Elle leur en a donné plusieurs fois l'impression, mais Elle vint à sa manière pourtant, par un étonnant phénomène de dédoublement d'image. En effet, on vit l'image de la Vierge Elle-même comme peinte sur les carreaux de la classe au milieu d'un flot de lumière. Ce phénomène n'eut lieu que ce jour-là, fête de l'Annonciation, mais on retrouvera sa reproduction en miniature bien des fois sur les yeux de Marie Martel, la principale voyante. Indépendamment de cette image, c'est souvent que la lumière de l'Apparition du champ a éclairé les fenêtres.

Le vendredi 27 mars, fête de Notre-Dame des Sept Douleurs : les trois sœurs voient la Sainte Vierge avec une grosse tâche de sang sur le Cœur. La vision s'éclipse pendant la présence de quelques personnes du bourg. Elle revient pour les trois sœurs et quelques élèves, en tout une dizaine de personnes...

Le samedi 28 mars : pour la première fois, six femmes habitant Tilly voient également. Leur témoignage fait de l'effet dans le pays et on commence à accourir.

Le 29 , dimanche des Rameaux : une foule est aux abords de l'école mais elle ne prie pas, alors l'Apparition ne se montre pas. Avec la pluie, la foule se disperse, le calme revient et les privilégiées de l'école voient l'Immaculée durant quelques minutes.

Le lundi 30 mars, la Vierge apparaît non pas pendant la prière mais pendant le travail.

Mardi Saint 31 mars : La jeune Sœur Saint-Cléophas se sent poussée à demander à sa Supérieure la permission d'explorer le plateau pour voir l'Apparition de plus près et en recevoir ses ordres. Celle-ci le lui permet et la jeune sœur emmène avec elle trois des plus grandes élèves ( qui ont vu les premières apparitions du 18 et du 24). Une cinquantaine de personnes les suivent.

Après bien des erreurs de direction, les exploratrices reçoivent enfin le signal convenu qu'elles sont arrivées au point précis de l' Apparition : un mouchoir blanc s'agite des fenêtres de l'école. Mais elles-mêmes ne voient rien. Celles de l'école, les voyant plus ou moins noyées dans la lumière de l' Apparition , les croient bien favorisées et redoublent de prières.

L'endroit identifié était tout près de la haie séparant en deux la propriété de M.Lepetit. A l'entrée du champ, celui-ci avait placé cet écriteau :" On ne blasphème pas ici." Les personnes qui avaient suivi les quatre exploratrices se joignirent à leur prière mais personne de ce groupe ne vit rien.

Notre-Dame apparaît encore deux fois avec tristesse durant cette Semaine Sainte puis plusieurs fois au début du Temps Pascal. Le jeudi de Pâques 9 avril, les trois religieuses sont avec deux dames. Au lieu de la Sainte Vierge, c'est la flèche d'un magnifique clocher, en pierres blanches, qui surgit au-dessus de la cime des arbres. C 'est la douzième apparition.

La Vierge apparaît encore le 28 avril , puis deux fois début mai et une fois à la fin du mois.

En juin, il y eut une apparition d'abord le jeudi 11, aux 1ères Vêpres de la fête du Sacré-Coeur. Tous les enfants en bénéficièrent. Pour la première fois on rencontra l'invocation suivante : "Notre-Dame du Sacré-Coeur de Tilly, priez pour nous !" La Vierge semblait monter et descendre tour à tour. La petite Suzanne Lecanu ne vit rien, preuve que l'hypothèse de l' hallucination ou suggestion collective ne tient pas.

Suzanne vit comme tout le monde lorsque revint la Vierge, le 30 juin, pour clore le mois du Sacré-Coeur. Soeur Saint Cléophas, prise par un enterrement, ne vit la Vierge qu'après, avec les deux autres Soeurs, tandis que toutes trois faisaient les prières prescrites par leur règle.

Le jeudi 2 juillet, fête de la Visitation, trois fillettes, des plus jeunes, récitant leur chapelet dans la cour virent la Sainte Vierge accompagnée de petits anges. Elle avait un cœur sur la poitrine et une croix noire. A ses pieds se trouvait une religieuse toute blanche. C'était la première fois que la Vierge était entourée d'Anges : or cette religieuse avait pris l'habit le jour de Notre-Dame des Anges. La Sainte Vierge avait une couronne d' or sur sa tête.

Ce 2 juillet et le lendemain il y eut une apparition trouble en particulier pour Jeanne Bellanger. A la suite de ce fait, les soeurs décident de prier la Sainte Vierge de manifester son dessein, et en retour elles acceptent de renoncer à la voir encore. Elles font en ce sens une neuvaine à Sainte Anne, du 17 au 26 juillet.

Le samedi 25 juillet, veille de sa fête, elles virent de nouveau la Vierge, mais ses pieds reposaient sur un piédestal au lieu d'un nuage. Et le piédestal ne s'effaça que lentement après son départ. Une petite, Charlotte, âgée de 2ans et demi à peine, vit elle aussi la vision qui la fit cesser de remuer comme tous les enfants de cet âge.

Enfin vint le dimanche 26 juillet, fête de Sainte Anne. Ce jour-là se célébra à Tilly, très solennellement, l'affiliation de la paroisse à l'Adoration Perpétuelle de Montmartre. Le temps était affreux, la pluie diluvienne.

Une dame d'Alençon, ayant terminé son office de la Sainte Vierge, lève les yeux vers la colline et voit le frontispice d'une magnifique basilique... Elle appelle Soeur Saint Patrice et toutes les deux voient donc la façade mais au bout d'une minute, tout a disparu. Alors la religieuse appelle les deux autres soeurs et les cinq pensionnaires présentes. On dit le chapelet. Aussitôt la Vision reparaît, mais complète cette fois : toute la basilique y est ! Les neuf voyantes montent dans la classe pour mieux voir. Pendant une heure la Vision apparaît et disparaît pendant une douzaine de fois... La basilique est si rayonnante de lumière que le feuillage des arbres situés à des centaines de mètres est rayonnant de blancheur.

La réponse est claire : c'est cela que veut la Vierge. Et désormais les soeurs et leurs enfants ne verront plus rien. Cette vingt-sixième apparition est leur dernière. Mais l'école sera encore privilégiée, car Marie Martel y aura d' autres extases, en plus de celles du champ.

Ainsi se termine le premier cycle des apparitions de Tilly. Il s'étale sur quatre mois, exactement cent trente et un jours, et comporte vint-six apparitions dont vingt-quatre de la Vierge, toutes ayant pour lieu d'insertion à la terre le champ de M. Lepetit, et pour lieu de vision, l'école fondée par le même M. Lepetit.

(Source : Introduction au Mystère de Tilly)