Marie Martel

L'enfance et la jeunesse de Marie Martel

Marie, Léontine, Lucie Martel naquit le 12 février 1872 dans le petit village de Cristot. Elle fut la troisième et dernière fille de la famille Martel après Joséphine et Berthe. Son entrée dans la vie fut accueillie sans satisfaction : c’était une bouche de plus à nourrir, une charge nouvelle dans le pauvre ménage : aussi dès l’heure de sa naissance, l’enfant fut-elle vouée fatalement à une existence malheureuse.

Rude travailleur, honnête, laborieux, le père Martel était employé depuis trente ans dans la même ferme quand notre voyante fut favorisée de sa première vision. Ses qualités étaient assombries par la dureté de son cœur. Comme lui, sa femme avait la parole rude, la main leste et les moindres peccadilles des enfants servaient de prétextes aux corrections les plus sévères.

Couturière de son état, la mère de la voyante allait en journée et pendant que ses deux filles aînées étaient à l’école, elle enfermait la dernière dans la maison. L’enfant restait là, seule, pendant des journées entières, couchée dans une soupente verte d’humidité, avec une tartine sur son lit. Dans ces conditions d’hygiène aussi défavorables, la santé de Marie Martel s’altéra rapidement. Elle contracta un rhumatisme cardiaque qui la fit souffrir toute sa vie.

Malgré son cœur dur et inaccessible aux affections maternelles, existait chez Mme Martel un sentiment très vif de religiosité et de piété. Matin et soir, elle faisait faire la prière à ses filles et tous les dimanches et jours de fête, la famille y compris le père, assistait à la Messe et aux Vêpres de la paroisse.

Dès l’âge le plus tendre, Marie savait par cœur le long Évangile de la Passion et, sous la pieuse direction de la mère, sa petite âme simple et timide chercha de bonne heure dans la prière, les consolations qu’elle ne trouvait pas autour d’elle.

A cinq ans, elle avait déjà une modeste statuette de plâtre qu’elle chérissait et fleurissait avec amour. Ce petit sanctuaire était toute sa vie. Dès ses premières années, Marie avait une dévotion toute spéciale à la Reine du Ciel. Elle fut un jour rencontrée priant à genoux dans un endroit solitaire :

« Que fais-tu là ? » lui demanda le passant.

« Je fais une prière à la bonne Vierge pour que mon père se guérisse » répondit-elle simplement.

Dès que Marie fut en âge d’aller à l’école, sa mère l’y envoya. Les trois fillettes partaient ensemble, munies d’un panier qui contenait leur frugal déjeuner, mais la pauvre petite était souvent privée de sa part ; sa sœur Berthe ne se gênait pas pour satisfaire son robuste appétit. Marie ne se plaignait jamais ; craintive et terrorisée, elle préférait se taire plutôt que d’attirer sur elle la colère de sa sœur et les durs reproches de sa mère.

En 1881, Joséphine, la sœur aînée, venait de faire sa première communion ; c’était un ange. Quelques semaines plus tard, un abcès, provenant de coups qu’elle reçut sur la tête à l’école, provoqua une maladie cruelle qui se termina par une abondante hémorragie et causa la mort.

Marie Martel entrait dans sa neuvième année ; avec l’insouciance de l’enfance, elle avait accepté les amertumes de son existence. Parfois cependant, au souvenir de cette cruelle séparation, ses yeux se mouillaient de larmes et, plus que jamais, elle réclamait ses consolations à la prière.

C’est à cette époque que se passa un fait qu’il faut mettre en relief et qui indique puissamment que la voyante de Tilly fut, dès l’âge le plus tendre, l’élue de la très Sainte Vierge Marie.

Marie Martel raconte ainsi cette première manifestation :

A l’âge de neuf ans, je perdis ma sœur Joséphine, que j’aimais bien et à chaque moment j’aurais voulu la revoir et le monde me disait en me voyant pleurer que je la reverrais bientôt, qu’elle reviendrait bientôt. J’attendais toujours et je ne la voyais pas.

Quand un jour Maman m’envoya chercher des commissions ; je traversai un champ et pris par un herbage, c’était un sentier, ma mère voulait que j’aille toujours par là pour ne pas aller sur la route.

Quand je revins de chez l’épicier, je renfile dans le petit sentier ; à peine à moitié, je regardai devant moi et j’aperçus dans l’air, descendant dans le fossé, une dame habillée de blanc ; je crus tout à coup que c’était ma sœur, je fus saisie, je n’osai pas avancer et je me retournai d’un autre côté et puis je fus quelque temps sans oser passer, et puis tout disparut. Et à chaque fois que je passais vers l’endroit où j’avais vu, je me mettais à genoux et je faisais une prière.

Voilà qu’un jour je fus aperçue, on plaça des épines où je me mettais à genoux et moi pas contente, je les arrachai.

En février 1898, une voix me dit :

Mon enfant, ce qui fait que je t’apparais, c’est que, quand je me suis montrée à toi sur le haut d’un fossé, tu croyais que c’était ta sœur que tu voyais ; ce qui me plut beaucoup en toi, c’est que tu venais souvent prier à cet endroit et plus tard, tu y vins également, mais tu avais beaucoup de respect humain, tu regardais de côté et d’autre pour voir si on n’allait pas te voir. Il ne faut pas, mon enfant, avoir de respect humain, c’est très mal.

La Première Communion approchait, Marie se prépara à ce grand acte avec toute la ferveur d’une âme candide. Elle conservait de ce jour ineffable un souvenir profond. Écoutons la :

Les deux jours les plus heureux de ma vie sont ceux où j’ai fait ma Première Communion et où j’ai eu le bonheur de voir la Sainte Vierge pour la première fois sur le plateau de Tilly.

Ces souvenirs délicieux étaient pour elle la source vivifiante où elle puisait la résignation et l’espoir aussi bien que la force dans l’adversité.

Marie parvint à l’âge où il fallait gagner sa vie. Pendant trois ans, elle fit le service de vachère dans une ferme des environs mais le dur labeur des champs ne lui convint pas et sa santé ne lui permit pas de continuer. Cependant sa gaieté, sa franchise, sa soumission avaient su lui attirer les bonnes grâces et l’amitié de ses maîtres.

Elle commença donc l’apprentissage de couturière. Ses progrès furent rapides ; après quelques mois passés à Fontenay-le-Pesnel pour étudier la coupe, Marie revint à la maison paternelle et gagna sa vie en travaillant à la journée comme sa mère.

La jeune fille était une ouvrière adroite et laborieuse et son succès déplut à la mère Martel. Marie, à dix-huit ans, ne fut pas plus heureuse au foyer maternel qu’elle ne l’avait été dans son enfance ; elle supporta ces nouveaux déboires sans se plaindre, se contentant de raconter à sa petite Vierge de plâtre toutes ses peines et lui demandant la résignation : ce remède divin dans toutes les souffrances de la vie. Elle se préparait ainsi, inconsciente, à l’insigne faveur que la Reine du Ciel allait lui accorder.

Elle refusa plusieurs demandes en mariage, puis vint le temps des Apparitions.

La première apparition

Le bruit de l’apparition de la Vierge aux religieuses et aux enfants de l’école du Sacré-Cœur de Tilly au mois de mars 1896, était parvenu à Cristot ; pour Marie Martel ce fut une occasion d’aller prier, elle n’y manqua pas. Dès le commencement d’avril, elle fit un premier pèlerinage, sa journée terminée.

Elle partit donc un beau soir pour se rendre au champ de l’Apparition : elle récita le chapelet et chanta des cantiques comme tout le monde. Elle rentra assez tard, l’âme pénétrée d’un bonheur qu’elle ne pouvait analyser.

A dater de cette première visite, elle ressentit une irrésistible attraction vers l’ormeau miraculeux et dix-huit jours de suite, malgré les intempéries, elle fit tous les soirs, tant à l’aller qu’au retour, les cinq kilomètres qui la séparaient de Tilly.

Ce fut le 25 avril 1896, jour de la fête de Notre Dame du Bon Conseil, que Marie Martel eut sa première vision de la Vierge Marie au pied de l’ormeau.

En voici la description :

La Vierge Marie était d’une beauté toute céleste, vêtue de blanc avec une ceinture bleue, des roses d’or étaient posées sur ses pieds nus, et à ses pieds, une banderole blanche. Elle avait ces mots écrits en lettres d’or : « JE SUIS L’IMMACULÉE. »

Telle est l’exacte relation de la première vision de Marie Martel. Les apparitions à l’ormeau seront presque quotidiennes.

Le phénomène qui confondra les plus sceptiques est que les visions se reflètent dans ses yeux, l’image d’une personne vivante se détache sur l’iris, légèrement en relief. Même si elle est en extase, elle manifeste toujours une parfaite dignité et une attitude respirant le ciel et sa piété ne cesse de grandir.

L’Abbé Gombault écrit :

Les dix premières visions lui causèrent, sans troubler son ravissement, de véritables défaillances corporelles ; la nature semblait succomber sous ce poids de gloire. Mais jamais cette souffrance purificatrice ne troubla son âme, n’amoindrit son bonheur, ni son désir intense de revoir. Bientôt, le premier dévoilement de l’apparition commença à la jeter dans l’état extatique. Maintenant même son extase dure autant que la vision. Quand elle revient à elle, c’est que l’apparition n’est plus là ; le nuage seul ne disparait pas subitement à ses yeux, elle le contemple encore, revenue à l’état premier.

Au mois de juin, la jeune privilégiée est reçue Enfant de Marie.

A partir du 15 juin 1896, elle est recueillie par Mme Henry, à Tilly, pour lui éviter les longs trajets Cristot-Tilly, avec une si mauvaise santé.

dès les premières apparitions, un rhumatisme cardiaque, contracté très probablement dès l’enfance, dans son logis aussi étroit qu’humide, la saisit.

M. l’Abbé Guéroult

Il poursuit :

Sa vie peut se résumer en trois mots : prière, souffrance et travail. Debout dès quatre heures et demi du matin, il est rare qu’à dix heures du soir, elle ne soit pas encore à la besogne…. il faut qu’elle agrandisse ainsi les jours, même les plus grands, car au travail vient s’ajouter tout le temps qu’elle consacre à la prière. Tous les jours, elle entend la Sainte Messe ; tous les jours, elle monte au Champ réciter le Saint Rosaire… Le soir, elle vient à l’église adorer Celui à qui elle appartient, et ses prières se prolongent bien souvent dans la nuit…

M. le Doyen ajoute :

Pendant les dix ou onze premiers mois, sa vie à Tilly ne fut qu’une vie de souffrance… obligée de s’appuyer sur deux bâtons pour marcher…

Lorsque la souffrance lui permet de reprendre haleine,

elle trouve le temps de travailler pour les pauvres…. les enfants et les vieillards sont particulièrement accueillis ou visités. Tous les jours, elle soigne une pauvre vieille qui ne lui témoigne aucune reconnaissance.

Elle s’occupe également de familles pauvres et misérables et soigne les misères avec un bonheur complet.

Aperçu des principales autres apparitions de Notre-Dame

1) Le 16 juillet 1896, fête de Notre-Dame du Mont Carmel, la voyante entend pour la première fois la voix de Notre-Dame :

" Pénitence, mon enfant, pénitence . Mon enfant, veux-tu être heureuse en cette vie ou en l'autre ?

Mon enfant, tu auras ici-bas beaucoup à souffrir. Si tu es fidèle à la mission que tu as à remplir, je te promets d'être bienheureuse dans l'autre Vie". ( Abbé Villepelée Marie Martel T1 p56)


2) Le 2 août 1896, fête de Notre-Dame des Anges, la Reine du ciel explique à la voyante la raison du choix de Tilly.

"Ici où je me suis montrée, autrefois, il y avait un monastère. Ici-même, un grand nombre de fois, le Saint Sacrifice de la Messe a été célébré par des Saints aux yeux de mon Divin Fils." Et la Sainte Vierge demanda qu'à cet endroit on lui élève un édifice. (Abbé Villepelée Marie Martel T1 p61)

A partir de la Fête de son Coeur Immaculé, le 22 août 1896, un Coeur de chair est très nettement visible, il apparaît, surmonté de flammes.


3) Le 2 février 1897, Fête de la Présentation de Jésus au Temple et de la purification de la Très Sainte Vierge Marie, Notre- Dame indique qu'elle désire être priée sous le vocable de Reine du Très Saint Rosaire

" Je vis la Sainte Vierge égrener son Rosaire et c'est sur celui-ci que je suivais les Ave. A la fin du Rosaire, je disais : Notre-Dame du Très Saint Rosaire... Sitôt, je vis une banderole lumineuse sur laquelle était écrit en lettres d'or :

"REINE DU TRES SAINT ROSAIRE, PRIEZ POUR NOUS, QUI ESPERONS TOUS EN VOUS"

Notre-Dame ratifiait ainsi le titre de Reine du Très Saint Rosaire que le Pape Léon XIII venait d'insérer dans les Litanies de Lorette, le 24 décembre 1883. (Père Lesserteur Notre-Dame de Tilly p143)

Au moment de la Fête de Notre-Dame des Sept Douleurs (8-9 avril 1897) , la Mère du Christ apparaît avec le Coeur transpercé de glaives.

Pour témoigner de leur union inséparable, le 20 juillet 1897, "Deux gros Coeurs, collés l'un à l'autre, descendent du Ciel sous le nuage portant la Vierge. L'un est entouré d'une couronne d'épines, l'autre d'une couronne de roses." (Colette Babet Apparitions de Tilly p 46)


4) Fin septembre et octobre (mois du Rosaire) 1897 : La Reine du Très Saint Rosaire enseigne le Rosaire médité à la voyante

Vers la fin septembre 1897, la Reine du Très Saint Rosaire, fit apparaître aux yeux de Marie Martel, une banderole tenue par deux anges sur laquelle étaient inscrits à la suite, ces mots : "Mystères Joyeux, Mystères Douloureux, Mystères Glorieux"

Elle dit à la jeune fille qu'il lui faudrait désormais, en récitant son chapelet méditer les Mystères. Les 29 et 30 septembre, elle lui en montra toute la liste car Marie Martel les ignorait. A partir du 1er octobre, la banderole se déroule progressivement, dans les derniers doigts des mains de la Sainte Vierge, au fur et à mesure que le Rosaire qui est entre le pouce et l'index des mêmes mains s'égrène...Lorsqu'une dizaine est achevée, la bande s'enroule jusqu'au mystère suivant. Ce fut ainsi tous les jours du mois d'octobre 1897... (Introduction au Mystère de Tilly p 99)


5) Le 31 octobre 1897, le nom complet de l' Apparition s 'écrit sous les yeux de la voyante : " JE SUIS L'IMMACULEE CONCEPTION"

Extase très mouvementée. Marie Martel prie, supplie, s'entretient avec une Vision qui semble très près d'elle, semble triste, prie encore, dit un chapelet, accepte encore de souffrir, récite encore une dizaine. Puis : "Montrez-vous à tous !..On n'y croit pas...on dit que c'est le diable..." Ses yeux remuent alors et semblent lire quelque chose. Elle prononce doucement : "JE SUIS L' IMMACULEE CONCEPTION"

Et elle commente : " c'est pour faire voir que vous êtes la Mère du Bon Jésus..", et elle continue le Rosaire. (introduction au mystère de Tilly p 102)


6) Le décembre 1897, dans l'octave de l'Immaculée Conception, la Vierge prononce distinctement : " JE SUIS L'IMMACULEE CONCEPTION"

Le lundi 13 décembre, Marie Martel va enfin entendre de la bouche de la Sainte Vierge qu'Elle est l' Immaculée Conception. Après avoir adressé à sa Vision cette solennelle adjuration :" Au nom de Jésus, Fils de David, je vous adjure de me dire si Vous êtes la Mère du Bon Jésus !" sa figure redevient radieuse et souriante, et elle répète les mots qu'elle vient d'entendre : " JE SUIS L'IMMACULEE CONCEPTION"

Notre Dame délivre à Marie Martel des Messages à caractère prophétique

1) Dès le début, Marie Martel a la mission de transmettre un message lourd à porter : l'annonce de châtiments à venir si les hommes ne se convertissent pas

Dès les premières paroles de la Reine du Ciel à la voyante principale, Marie Martel, le 16 juillet 1896, le ton est donné : " C'est par la prière et la pénitence que vous apaiserez les vengeances du Ciel".

Le 25 décembre 1896 et le 1er janvier suivant, la Sainte Vierge avertit :

"Mes enfants,priez, car de grands maux vont vous frapper, la guerre va bientôt se déclarer de tous côtés. Contre l'Eglise, un schisme est en train de se faire."

" Ô Paris! Paris n'a pas respecté les lois de Mon Divin Fils, il sera châtié et détruit par le feu. Il y aura peu de monde qui y restera. Ceux qui y resteront ne se connaîtront pas. Voilà la punition qui leur est réservée s'ils refusent de se convertir."

Le 27 janvier 1897, elle reçoit une vision annonçant l'éruption du volcan en Martinique qui aura lieu en mai 1902 : "mon enfant, il faut bien prier surtout pour la Martinique, car elle sera châtiée et ce sera par une pluie de feu du ciel qu'on ne pourra pas éteindre."

Le 2 mai, Marie Martel a la vision de la catastrophe du Bazar de la Charité survenue le 6 mai : "Je vis le feu sur Paris ; je vis un grand nombre de jeunes filles, même des soeurs de St Vincent de Paul, qui se tordaient dans les flammes... Notre Bonne Mère me dit : "Ici la charité n'a pas régné. Il n'y a que vanité. Voilà comme mon Divin Fils punit l'orgueil !" Je dis à cette Bonne Mère : "Arrêtez le bras de Votre Divin Fils !"

Le 9 décembre 1897, la voyante est au Champ, elle a une conversation avec la Vierge : "des malheurs, c'est affreux" "un jour tout sera en feu !" "Oh, comme on souffrira, que les petits enfants soient épargnés !"

Le 12 décembre , elle parle de ténèbres, de maisons qui seront châtiées, la famine est de nouveau annoncée... Tout cela dit à haute voix comme pour avertir...

"Tous les malheurs que je suis venue annoncer sur le Mont de la Salette vont arriver, le clergé a foulé mes paroles aux pieds" entend Marie Martel, un peu plus tard, le 18 octobre 1901.

J'ai entendu Notre Bonne Mère qui me dit ces mots : "Pauvre France ! combien vas-tu pleurer ! Je vois ton drapeau s'élever, il porte ton deuil ! de larges bandes de crêpe, je vois flotter en haut de ton drapeau. Je le vois aussi teinté du sang de mes enfants"(octobre 1904).

Il fut aussi annoncé qu'on traverserait la Seulles à pied sec à Tilly, ce qui arriva pendant la guerre 1939-1945 (introduction au mystère de Tilly p213)

2) La voyante a le privilège de recevoir des prophéties sur le destin de personnages illustres et sur l'avenir de personnes recommandées à Notre-Dame

  • Marie Martel est avertie du décès du Pape Léon XIII : Le 15 juillet 1903,la prière pour le Saint Père étant terminée, la Sainte Vierge me dit : "D'ici peu, mon enfant, le Saint Père va être bienheureux, je vais aller le chercher: je serai accompagnée de mes anges..." Le 16 juillet :"Mon enfant offre-moi ces fleurs en l'honneur de la sainteté du Saint Père. Quand tu verras la rose du milieu du bouquet se faner, ce sera au moment de la mort du Saint Père. "Le matin,à 4 heures, le jour même de la mort du Saint Père (20juillet), j'entendis une voix, de ma chambre, qui me dit que le Saint Père allait mourir le soir à 4heures." (Père Lesserteur Notre-Dame de Tilly p 407-409)

  • confidences sur l'avenir de certaines personnes ayant recouru à Notre-Dame : "La Sainte Vierge me donna aussi bien des réponses confidentielles qui sont arrivées à des personnes qui sont venues solliciter la Reine du Ciel." Ce fut le cas dès 1896, lorsque la Comtesse de Bellenot vint à Tilly début juin prier la Sainte Vierge et demander la guérison de sa fille Marie-Louise. " Le 15 août, je demandais à la Sainte Vierge de guérir Marie-Louise de Bellenot et j'eus pour réponse : "sa place n'est plus parmi vous mais là-haut. Ici-bas, sa vie n'a été que souffrances et chaque jour, elle les offrait à Mon Divin Fils. Le monde qui la dirige et qui l'entoure l'a beaucoup fait souffrir et jamais elle ne se plaignait. Voilà, mon enfant, comme elle gagne le ciel." A partir de ce jour, la pauvre enfant déclina et au mois de janvier 1897, elle avait quitté la terre pour rejoindre Celle qu'elle priait avec tant de bonheur ici-bas. (témoignages de Sr Elisabeth Martel)

Notre-Dame précise à Marie Martel sa mission de victime

Dès le 15 août 1896, jour de la bénédiction de la statue de la Sainte Vierge installée au Champ Lepetit, Marie entend ces paroles de la Reine du Ciel : " Mon enfant, la souffrance n'est que passagère pour ceux qui l'acceptent en union avec mon Divin Fils; après la récompense est là- haut." (Abbé Villepelée T1 p 65)

Début janvier 1897, Marie Martel entend plusieurs fois la voix de la Vierge lui dire "pénitence" et la voyante de demander la force de souffrir avec amour en union avec le bon Jésus "par amour pour vous et pour tout ce qu'on a fait subir à votre Divin Fils" (témoignages de Sr Elisabeth Martel). Notre-Dame vient de préciser la mission particulière de la voyante : "Elle demande à son enfant si elle veut être victime pour les pécheurs, pour la réparation des crimes commis...(Abbé Villepelée T1 p 159)

Le 15 août 1897 : "la Sainte Vierge me dit que j'aurais beaucoup à souffrir et que j'aurais beaucoup d'épreuves même de la part du clergé" (témoignages de Sr Elisabeth Martel)

Le dimanche 21 novembre 1897, Marie est victime d'une femme hypocrite qui, poussée par un esprit de furieuse jalousie, lui enfonce dans le dos à trente reprises une longue épingle à chapeaux. Ce même jour pendant le Rosaire, aux Mystères Douloureux, ses bras se placent en croix ; à la fin la Sainte Vierge lui dit "Mon enfant, ils te feront souffrir bien davantage, ils te piétineront " Marie entend plusieurs fois le mot "pénitence" et s'écrie :" donnez-moi la force". (Père Lesserteur Notre-Dame de Tilly p221-222)

Quelques jours après Notre-Dame reprend les mêmes expressions pour avertir Marie et le vendredi 31 décembre 1897, elle sort dans l'herbage lorsqu' elle entend la voix de sa Mère du Ciel lui dire qu'elle va être humiliée, bafouée comme elle ne l'a pas encore été...Elle va être abandonnée de tout le monde à peu près..." (Abbé Villepelée T1 p195-196)

Le 4 décembre 1901: "Notre bonne Mère me dit que j'aurais beaucoup à souffrir de la part des hommes..."

Le 20 juillet 1903, la jeune fille entendit :"Mon enfant,sois courageuse,tu sera toujours persécutée par le monde et le démon. Quand tu seras découragée, repasse dans ta mémoire toutes les fois que je me suis montrée à toi.." (témoignages de Sr Elisabeth Martel)

La Reine du Très Saint Rosaire confie d'autres missions à son enfant

1) Notre-Dame compte sur la prière de la jeune fille pour la conversion des pécheurs et la délivrance des âmes du Purgatoire

"Quand tu verras autour de toi des frères et soeurs rougir de la croix de mon Fils, mon enfant, prie pour eux et demande pardon pour ceux qui en rougissent ; surtout, n'en rougis pas ! Garde bien les divins commandements de Dieu, Il te bénira, mon enfant."

Ce même jour, 2 décembre 1901, Marie Martel prie pour les ennemis du Bon Jésus et de son Eglise et de nouveau, Notre-Dame reprend d'un ton très sévère :

" Je t'avais donné mission de réciter les psaumes de la pénitence et de les faire réciter au public, pendant le mois de novembre, pour la délivrance des âmes du purgatoire, et pendant les mois de décembre, janvier, février, c'est-à-dire jusqu'à Pâques pour la conversion de tous les pécheurs ! Et pourquoi cette année ne les récites-tu pas ?...Maintenant il ne faut plus y manquer, ni toi, ni ceux à qui tu le révèleras. C'est un grand acte qu'il faut accomplir, je bénirai ceux qui l'accompliront." (P.Lesserteur ND de Tilly p 369-370)

2) Notre-Dame demande à Marie Martel de prier et jeûner en réparation de tout le mal qui se commet dans le monde

Le 15 août 1901, Notre-Dame parle ainsi : "Mes enfants, il faudra réparer les outrages commis de tous côtés. La plupart ne vont pas à la Messe le dimanche : voilà ce qui outrage mon Divin Fils ! Les autres blasphèment : voilà ce qui outrage mon Divin Fils ! Beaucoup d'autres l'outragent près du Saint Tabernacle...priez mes enfants...Vous serez à peu près tous à l'épreuve : les bons paieront pour les coupables, j'en protègerai beaucoup en particulier ceux qui auront eu toujours confiance en moi." (Père Lesserteur ND de Tilly p 369-370)

La jeune voyante, à l' écoute de l' Immaculée, s'empresse de remplir cette mission de réparation de la tiédeur, des défaillances et même des outrages envers Notre Seigneur :

" Tous les jours, j'assiste à la Sainte Messe pour tous ceux qui n'y vont pas le dimanche ; c'est en réparation des outrages dont le Coeur du Divin Maître est abreuvé." (lettre à l' Abbé Beucher 12 mai 1903)

Le dimanche 20 décembre 1903, " comme je récitais mon Rosaire, au troisième chapelet, j'entendis la voix de Notre Bonne Mère qui me dit : " Mon enfant, je désire que tu viennes pendant neuf jours au son de la cloche. Tu récitera le Miserere en réparation de tout le mal qui se commet dans le monde entier, et puis le Te Deum pour le triomphe de mon Eglise. Pendant ces neuf jours, mon enfant, tu jeûneras et feras pénitence." Pendant neuf jours, la voyante jeûna strictement et monta très exactement au Champ sur le coup de midi. Le vendredi 30 décembre la Sainte Vierge lui dit : " Mon enfant, tu as été bien fidèle à la mission que je t'avais donnée , je te bénis ..." (P.Lesserteur ND de Tilly p419-420)

3 Notre-Dame confie à sa protégée les principales autres intentions de prière

  • Elle lui demande de prier pour les malades (octobre 1902) ce qu'elle faisait déjà admirablement

  • Dans l'extase du 3 mai 1901 : "la Sainte Vierge nous a bénis, et elle nous recommande de prier pour le Clergé car il n'est pas ce qu'il devrait être." Elle le répète le 18 décembre 1904 (Père Lesserteur ND de Tilly p345)

  • La Reine du Ciel insiste sur le devoir de prier pour l' Eglise : "priez aussi pour votre Mère la Sainte Eglise ! Le schisme que l'on prépare en ce moment contre elle est épouvantable ! Priez aussi pour le Saint Père car, en ce moment, son âme est torturée à cause de tout ce que l'on fait à son Eglise." (2fév. 1903) (P. Lesserteur ND de Tilly p400)

  • Notre-Dame demande souvent de prier pour la France (fille aînée de l' Eglise) :

En février 1903 : "Notre Bonne Mère me dit de prier pour le futur Roi" Elle ajouta ces mots : " En ce jour, mes enfants, vous vivez sous le règne de Satan, et ce règne est un règne de crimes et de malheurs. La France renaîtra par le Sacré-Coeur de mon Divin Fils." (P. Lesserteur ND de Tilly p 400)

Lors de la dernière apparition de la Bienheureuse Jeanne d' Arc, le 17 mai 1909, la Sainte Vierge confirme : "oui, priez pour la France en danger !" (Colette Babet apparitions de Tilly p 63)

A partir de sa dernière apparition (25 avril 1899, coïncidant avec celle de la Sainte Famille) La Reine du Très Saint Rosaire confie à Marie Martel des missions d'apostolat actif

1) Notre-Dame demande à la voyante de participer de façon active au salut de ses proches

" Le 2 avril 1899, ce fut ma dernière apparition au Champ Béni, j'eus la mission d'aller passer trois jours à Cristot, chez mes parents, afin de ramener Papa à ses devoirs religieux et notre Bonne Mère me dit qu'il se convertirait. (témoignage de Marie Martel dont le nom de tertiaire franciscaine est Sr Elisabeth Martel)

Le dimanche 2 juillet (fête de la Visitation), Marie Martel entend la voix de la Sainte Vierge lui dire que le moment est venu d'aller à Cristot accomplir la tâche qu'elle lui a confiée le 25 avril. Elle lui fixe le jeudi 13 juillet pour s'y rendre...

La rencontre avec son père lui faisait peur, mais s'en remettant à sa Mère du Ciel, elle lui dit : "Mon père, je viens parce que la Sainte Vierge m'envoie vers toi ; permets-moi de faire tout ce qu'Elle m' a prescrit." " Je t'en supplie, pense à ton âme, reviens à Dieu !"

J'eus le bonheur que Papa se confesse le troisième jour et après, il était bien content. Et c'est le 15 août que j'eus le bonheur de communier avec lui...a partir de ce jour Papa n'a jamais manqué de faire ses Pâques..." (Introd au mystère de Tilly p150)

2) Notre-Dame demande à sa protégée de se rendre à Lourdes, et elle obtiendra des guérisons

Le 25 avril 1899, Notre-Dame avait aussi demandé à Marie de partir à Lourdes en pèlerinage et lui avait annoncé que des malades seraient guéris entre ses mains. Le 17 août 1899, Marie prend le train à Audrieu pour rejoindre à Paris le train blanc-bleu du pèlerinage national en direction de Lourdes.

" Arrivée à Lourdes je fus contente en voyant tant de pèlerins venir saluer la Reine du Ciel; et la Sainte Vierge me dit :

" Mon enfant, tu vois que le monde vient ici en grand nombre pour prier. Eh ! bien, mon enfant, ce n'est pas beaucoup en comparaison de ceux qui viendront là bas à Tilly ; un jour viendra que Lourdes deviendra un petit Tilly. "

"Mon enfant, Tilly, c'est le résumé de toutes les apparitions que j' ai faites dans le monde entier." (témoignages de Sr Elisabeth Martel p23)

Le soir du 22 août on réussit non sans peine à faire exécuter l'ordre de la Sainte Vierge : que Marie baigne les enfants malades. Comme l'Immaculée l'avait annoncé : des guérisons eurent lieu à Lourdes, au sortir de la piscine entre les mains de Marie Martel

" J'ai baigné une petite fille qui pouvait avoir entre 5 et 6 ans: cette enfant a été guérie : elle s'appelle Yvonne Gouet. Mme de Bellenot me dit de lui mettre la relique de la Vraie Croix sur les yeux et c'est quand je lui ai fait un signe de croix avec cette relique sur les yeux qu'elle dit :"je vois comme les autres." Cette relique lui avait été offerte par le Marquis d' Auray et Notre-Dame lui avait dit :" Mon enfant, prête la relique que tu portes, qui est celle de la Vraie Croix, porte-la à la petite Béton, elle va guérir."

"Par la vertu de cette Croix, vous obtiendrez beaucoup de conversions et de guérisons" A partir de ce jour, nous avons eu beaucoup de guérisons et de conversions, dont la petite Béton qui la première l'a eue et a été guérie d'une méningite. A chaque fois qu'on la demanda pour obtenir la conversion d'un pécheur, il a été converti." (témoignages Sr Elisabeth Martel p 14)

3) Notre-Dame demande à Marie de ramener les âmes égarées à la pratique religieuse

Début février 1903, à peine de retour de sa retraite recommandée par l'Immaculée chez les Norbertines, Marie reçoit l'ordre de la Sainte Vierge de se rendre dans toutes les maisons où il y a des personnes qui n'assistent pas à la Messe le dimanche ou qui ne font pas leurs pâques, en commençant par les plus pauvres, et de recommander à celles-ci de ne plus y manquer désormais, sous peine de voir la colère divine s'abattre sur elles et leurs familles.

Effrayée par cette mission mais confiante dans l'assistance de la Reine du Ciel, la jeune fille se mit donc en mesure de s'acquitter consciencieusement de son mandat. Aussitôt après avoir assisté à la Sainte Messe, elle se mettait en campagne, entrant résolument dans toutes les maisons où elle n'était pas sûre que tous remplissaient fidèlement leurs devoirs religieux.

Ensuite , dès le dimanche suivant, on vit venir à l' église une foule de gens que l'on n'avait pas l'habitude d'y voir ; le jour de Pâques surtout, l'église était trop petite pour contenir tout le monde. Ce jour-là encore, une trentaine de pauvres brebis égarées, rebelles depuis bien des années à toute grâce de conversion, s'approchèrent de la Sainte Table" (P. Lesserteur ND de Tilly p401)

Ceux qu'elle ne pouvait pas visiter, elle leur envoyait par la poste, une médaille bénie par Notre-Dame. Peu de jours après, la réponse arrivait : " Merci à Marie Martel de sa lettre et de la médaille ; j'ai une bonne nouvelle à vous annoncer : mon père s'est confessé en pleine connaissance...nous sommes heureux !!!"(l. de l' Abbé Guéroult 20 janv 1903 ND de Tilly p 399)

Notre-Dame s'adresse au Clergé par l'intermédiaire de son enfant

1) Notre-Dame répond à l' attente du Pape Léon XIII

Le Pape Léon XIII avait, dès 1892, recommandé la dévotion à la Sainte Famille. Il avait même prescrit que les familles chrétiennes s'y consacrent. Il avait établi l'Association Universelle de la Sainte Famille : dans chaque maison on devait en avoir une image et prier devant tous les jours. Il désirait pour cela une représentation unique et avait mis le sujet en concours. Mais aucun des projets qui lui fut présenté ne lui convenait !

Le 25 avril 1899, Marie Martel vit apparaître le Tableau de la Sainte Famille et la Sainte Vierge lui dit que c'était l'Abbé Durand qui le porterait à Rome et le ferait retoucher avant de le présenter au Saint-Père et Elle donna l'ordre à Marie Martel de le faire reproduire.

Lorsque l'Abbé Durand porta, au cours de l'été 1900, ce tableau au Pape Léon XIII, il lui plut tellement qu 'il l'exposa dans ses appartements au Vatican ! Ainsi la représentation de la Sainte Famille, telle qu'apparue à Tilly, correspondait exactement à l'attente du Saint Père !

Ce tableau représente la Sainte Famille non point en voyage ou au travail, mais en prière. L' Enfant Jésus est debout, au milieu, le regard en haut, les bras élevés verticalement bers le ciel, la paume des mains en dehors. Il semble dire à son Père : " Tu n'as voulu ni offrande ni sacrifice, mais tu m'as fait un corps et j'ai dit me voici ", et il remplit ainsi l'office de médiateur et d'intercesseur. Lui, le Maître, quoique revêtu de la livrée du serviteur, il prie debout.

La Sainte Vierge est assise, soutenant de la main droite le bras gauche de son divin Fils, comme autrefois Aaron et Hur soutenaient les bras de Moïse priant sur la montagne ; ses yeux sont fixés, non sur Jésus, mais dans la même direction du Ciel que les siens. Ce rôle d'auxiliaire dans l'oeuvre de la médiation divine convient admirablement à Celle que l'on a justement qualifiée de Co-rédemptrice et de Omnipotentia supples.

Saint Joseph est dans l'attitude qui convient à la créature qui prie son Créateur, il est à genoux. Mais comme il est le gardien et le protecteur de la Sainte Famille, il est appuyé sur son bâton. Il tourne son regard du côté de l'Enfant divin, laissant entendre par là qu'il met toute sa confiance, pour l'efficacité de sa propre prière, dans l'union avec celle de Jésus.

De plus, dans la vision de Marie Martel du 25 avril 1899, ce tableau fut transporté par deux anges à l'emplacement exact de la future fondation sacerdotale demandée par Notre-Dame, dont les statuts avaient été déposés à Rome quelques années plutôt précisément par M.l'Abbé Durand ! Celui-ci avait secrètement placé cette fondation sous la protection de la Sainte Famille ! (P. Lesserteur ND de Tilly p 290)

2) Notre-Dame s'adresse au clergé diocésain

Le 11 avril 1899, l' Abbé Guéroult, doyen de Tilly, répond à l'Abbé Durand, choisi par Notre-Dame pour fonder à Tilly l'Oeuvre Sacerdotale des Heureux auxiliaires du Clergé, que Marie Martel a eu confirmation par l'Immaculée que la demande faite à Paul Guérard (second voyant) le 20 mars, fête de l' Annonciation dans le diocèse de Bayeux, pour l'établissement de l' Oeuvre est urgente.

"Ce matin, à 5h1/2, nous étions, le rosaire en main, dans le Champ où la Voyante posait des questions qui ont eu cette réponse : " Tout ce que M. Guérard a annoncé, touchant l'Oeuvre et les personnes qui en feront partie, et les volontés d'établir au plus tôt l'Oeuvre, tout cela est la Volonté de la Très Sainte Vierge.

Pourtant l' Abbé Durand n'osa pas se décider. En ce temps là, Mgr Hugonin, qui ne devait pas tarder à mourir, était encore à la tête du diocèse, c'était le moment favorable ! Si l'Oeuvre avait été entreprise alors, elle n'aurait sans doute pas rencontré de difficultés, et la question de Tilly serait entrée dans une voie bien différente de celle où elle dut ensuite se mouvoir pendant de longues années.

Le 10 décembre 1898, l' Abbé Durand écrivait déjà à un ami : " il paraît que les trois enfants de Marie Immaculée qui ont été désignés par la Bonne Mère, pour la fondation de la Famille des Auxiliaires du Clergé soient non seulement présents à Tilly le 2 février, mais établis définitivement pour commencer l'Oeuvre. Quomodo fiet istud ? puis-je dire, n'est-ce pas, avec la Très Sainte Vierge ? Il n'y a plus maintenant que deux mois à attendre!.." (Il est à noter que l'Abbé Durand avait pourtant obtenu de Rome l'approbation des statuts pour une future fondation qu'il envisageait depuis un moment et qui plaisait à Notre-Dame !)

Malheureusement, le 25 août 1900, de retour de Rome où il a présenté au Pape Léon XIII, le tableau de la Sainte Famille apparue à Tilly (sous la protection de laquelle il avait secrètement placé la future fondation sacerdotale), Monsieur l' Abbé Durand très affaibli rend son âme à Dieu !

Mais Notre-Dame n' abandonne pas la partie ! Le 2 octobre 1902, "La Sainte Vierge, de nouveau, a insisté pour que l'Oeuvre qu'Elle avait demandée à Tiily soit établie pour le 2 février 1903. L'oeuvre que Notre Bonne Mère du Ciel demande, c'est l'oeuvre qu' Elle avait demandée sur le Mont de la Salette et dont le clergé n'a fait aucun cas. A Tilly même, la Bonne Mère demande cette oeuvre et Elle avait nommé ceux qui en feraient partie. C'était l'Abbé Durand que la Sainte Vierge avait pour être le fondateur. M. L'Abbé Durand a fondé son oeuvre, mais pour la commencer il ne s'est pas pressé, et ceux qui étaient de cette oeuvre ne se sont pas plus pressés. Le Bon Jésus demande si c'est Lui qu'il faut qu'Il vienne pour faire cette oeuvre ou s'il faut qu' Il en prenne d'autres ..."

L'Immaculée insiste pour que ses apparitions et messages soient révélés à son peuple par l'intermédiaire des prêtres :

Le 2 février 1905, Elle dit par deux fois à sa petite privilégiée :

" Mon enfant je désire que tu dises à tous les prêtres que tu verras qu'ils fassent connaître au peuple ma présence ici." (P. Lesserteur ND de Tilly p432)

3) Notre-Dame désire être entendue par l' Evêque du diocèse (de Bayeux)

Le 9 mai 1905, la Vierge du tableau de l'Eglise (au fond du choeur) s'anime et convoque Marie au Champ pur le soir même. Ce jour-là, Mgr Amette a spécialement combattu Tilly. Le soir, donc, au champ, près de la petite chapelle, elle entend : " J' avais demandé que l'on vienne ici prier...Ceux qui ont mis opposition seront châtiés." (P. Lesserteur p436)

Le 26 juin 1905, la Sainte Vierge me dit : "Mon enfant, dis à ton Père spirituel que je désire que Mgr l'évêque de Bayeux vienne ici prier. Je l'éclairerai et l' inspirerai à mon sujet. Je désire qu'on lui fasse connaître ces mots. Un instant après j'entendis " Priez mes enfants car la France est en grand danger." (c'était au moment de la séparation de l'Eglise et de l'Etat) (P. Lesserteur ND de Tilly P440)

Dans le courant du mois d'août, Marie Martel écrit à Mgr Amette, l'invitant à venir prier au Champ de la part de la Sainte Vierge. L' évêque de Bayeux ne répondit pas à cette invitation.

A Rome cependant, le Saint Office manifeste sa bienveillance mais ne cache pas sa surprise en constatant que Mgr Amette n' a jamais nommé de commission d'enquête.

La toute puissante Reine du Très Saint Rosaire annonce son Triomphe futur à Tilly malgré ses ennemis

Lors de sa dernière apparition officielle à Tilly, le 25 avril 1899, la Reine du Très Saint Rosaire avait demandé à la jeune voyante de faire un pèlerinage à Lourdes. Celui-ci a lieu au mois d'août de la même année.

M.L'Abbé Guéroult, doyen de Tilly, (qui faisait également partie du pèlerinage) note que Marie voit la Sainte Vierge exactement au même endroit où elle était apparue à Ste Bernadette ! Il entend , en cette vigile de la Fête du Coeur Immaculé de Marie : "Bientôt ma puissance éclatera à Tilly !....Elle surpassera.... ( lettre de l'Abbé Guéroult au P. Lesserteur 29-08-1899)

Marie Martel écrit dans son journal : " A Lourdes, la Sainte vierge me dit : "Mon enfant, tu vois que le monde vient ici en grand nombre pour prier. Eh! bien, mon enfant, ce n'est pas beaucoup en comparaison de ceux qui viendront là-bas à Tilly. Un jour viendra que Lourdes deviendra un petit Tilly. Mon enfant, Tilly, c'est le résumé de toutes mes apparitions que j'ai faites dans le monde entier."

Marie Martel croit à ces paroles pleines d'espoir et elle écrit à l'Abbé Beucher le 28-12-1901 : "Il faut faire ce qu' Elle nous commande. Oui, Notre Bonne Mère règnera là où Elle s'est montrée et tous les indifférents seront forcés de rendre Gloire à Marie Immaculée".

En janvier 1903, Notre-Dame précise : "J'ai choisi cet endroit (Tilly) pour qu'on vienne de tous côtés m'honorer : on ne peut rien contre moi, je suis toute puissante ."

Le 2février 1903, l'Immaculée précise : "Mon triomphe sera au milieu des grandes épreuves qui vont bientôt arriver. Soyez courageux : après le combat vous aurez la victoire, et quand on est victorieux ici-bas, la récompense est là- haut !

Le 20 juillet la Sainte Vierge dit à Marie Martel : " Prenez courage mes enfants, je vous l'affirme, je ferai ici ce que je n'ai jamais fait dans le monde entier" !

Dès 1904, "les grâces, guérisons et conversions obtenues en ces derniers temps font grandir les élans de foi même au coeur de ceux qui ne croyaient pas ! D 'ailleurs on vient de plus en plus prier avec ferveur. (lettre de l'Abbé Guéroult au P. Lesserteur 27-04-1904). Tilly devient de plus en plus populaire, constate l'Abbé Guéroult (lettre du 31 mars à l'Abbé Beucher)et encore : " De nombreuses guérisons se trouvent enregistrées ainsi que des conversions toujours bouleversantes, la Bonne Mère multiplie les guérisons ".

Le 9 Mai 1905 , Notre-Dame , nous l'avons évoqué, parle de ceux qui s'opposent à la prière sur le lieu des Apparitions mais Elle ajoute aussitôt : Ils ne peuvent rien contre moi. Tous ceux qui devaient venir viendront : je les vois venir, et ce sera bientôt...J'ai choisi cet endroit : on ne peut rien contre moi ! La défense n'est pas formelle, ils y viendront prier..." (colloque du 9 mai 1905)

Voici ce qu'entend Marie Martel le 25 décembre 1905 : " Pendant mon action de grâces, j'ai demandé au Bon Jésus pour la Cause qui nous est si chère et le Bon Jésus me répondit :

" Crois-tu, mon enfant, que je vais laisser éteindre la Cause de ma Mère ? Oh ! non, je vais la faire triompher !"

Le dimanche 18 mars 1906, " Notre bonne Mère du Ciel me dit :

" Mes enfants, je vous bénis, prenez courage !... Partout où j'ai passé, il y a eu l 'humilité. Le Saint Père est tout pour ma Cause ; je le bénis ainsi que ton Père spirituel."

La Sainte Vierge m'a dit que Monseigneur ferait pénitence de tout ce qu'il a dit à Rome contre sa Cause :

" Priez, priez, mes enfants ! vous verrez mon triomphe bientôt, ici ".

Le 1er mai 1906, la Reine du Très Saint Rosaire dit deux fois à la voyante :

"Mes enfants, je vous bénis! Bientôt, je vais régner ici et mon nom sera aussi bientôt proclamé dans le monde entier. Des milliers de bons pèlerins vont venir invoquer mon nom et chanter mes louanges... Mes enfants, priez pour votre Mère la Sainte Eglise, de plus en plus elle va être persécutée...

En octobre 1906, note Marie Martel : " la Sainte Vierge me dit au sujet de l' Evêque de Bayeux :" Il ne veut pas s'occuper de ma sainte Cause et même il la renie. C 'est à Rome que la Sainte Cause va être décidée, il faut y retourner, j'y pourvoirai"

Pour la fête de l' Immaculée Conception, Notre-Dame assure une nouvelle fois :

"Priez mes enfants, je serai bientôt honorée ici et je triompherai malgré tous mes ennemis et mes adversaires. Beaucoup de grâces seront accordées à ceux qui sont venus ici me prier et me consoler."

Début 1907 , Notre-Dame évoque la lutte acharnée contre l'Eglise qui s'accentue toujours plus. puis Elle fait allusion à la souffrance de la voyante, choisie comme victime par Notre-Seigneuret ajoute :

"Malgré la ruse de Satan et de tous ses associés, vous verrez bientôt ce triomphe que vous attendez depuis quelque temps : il est prêt à éclater, vous n' avez qu'à prier "

Le dimanche 24 mai 1908, Marie entend sa Mère du Ciel parler ainsi : " Priez, priez, mes enfants, malgré toutes les difficultés qui s'opposent à ma Cause. Mon triomphe, ici, vous touche de près. Dis-le à mon peuple. "

Sainte Jeanne d'Arc

De nombreuses et radieuses figures défilent sous les yeux de Marie Martel ; elle peut admirer : la Vierge Enfant avec Sainte Anne et Saint Joachim, ses parents ; Saint Jean Baptiste ; Sainte Marthe ; Sainte Philomène ; Sainte Radegonde (qui la guérit d’une vilaine entorse alors qu’elle se rend en pèlerinage à Lourdes), Saint Martin, Saint Benoit.

Mais Sainte Jeanne d’Arc occupe une place particulière parmi tous les Saints qui sont apparus à Tilly-sur-Seulles. La présence de la petite bergère de Domrémy qui voit sa cause de béatification avancer à grands pas en cette fin du XIXe siècle, va prendre soudain un relief saisissant dans l’ensemble des faits de Tilly.

M. l’Abbé Guéroult écrit concernant l’apparition du 16 mai 1897:

Au milieu du mois (mai) le 16, je crois, elle voit Jeanne d’Arc. On voit même dans ses yeux son étendard surmonté d’une croix sur laquelle vient se poser une colombe. Elle a son bouclier, un habit fleurdelisé, ses cheveux flottants et bouclés, son épée à la main droite…

M. L’ABBé GUÉROULT

Le lien entre Tilly et sainte Jeanne d’Arc commence avant les apparitions.

En 1892, Jeanne d’Arc n’était pas encore déclarée vénérable et, déjà, l’abbé Guéroult, curé doyen de Tilly, propageait cette dévotion, notamment à une aveugle, Rose Savary. Or, elle fut guérie pendant sa neuvaine à Jeanne d’Arc. Ce miracle intéressa les autorités en vue de la canonisation.

Le 16 mai 1897, l’évêché d’Orléans envoya à l’abbé Guéroult un questionnaire, qui fut ensuite versé au procès de canonisation de la sainte.

Le ciel confirmera que cette guérison miraculeuse vient bien de l’intercession de Sainte Jeanne d’Arc.

Marie Martel témoigne elle-même :

Mois de mai 1897 : je vis Jeanne d’Arc ; je ne la connaissais pas. Je vis sur une petite banderole : VENERABLE JEANNE D’ARC – VENERABLE JEANNE D’ARC…La Sainte Vierge me dit qu’elle réapparaîtrait au moment d’un grand danger et, de nouveau, elle viendrait sauver la France. Elle réapparaîtra partout où elle a passé. Le dernier mot fut : « Pauvre Rouen ! Malheur à Rouen ! »

MARIE MARTEL

Jeudi 2 septembre 1897, Marie a une extase d’une demi-heure…Deux anges tiennent une banderole, qui fait voir qu’elle sera bientôt canonisée, ou du moins béatifiée.

Samedi 27 novembre 1897, notre voyante a une extase de quarante minutes :

Il lui est annoncé qu’on ne dira plus longtemps « Vénérable » Jeanne d’Arc mais qu’une première difficulté est déjà aplanie pour sa béatification. Monseigneur d’Orléans est parti pour Rome, emportant le dossier concernant la guérison miraculeuse de la cécité de Rose Savary (demeurant à Hottot-les-Bagues, à 5 kms de Tilly) survenue au cours d’une neuvaine de prières à la Vénérable Jeanne d’Arc.

MARIE MARTEL

Marie avoue qu’elle l’a vue en tout plus de cent fois :

Après la Sainte Vierge, je n’ai jamais rien vu de si beau !

MARIE MARTEL

Parfois l’humble fille laisse jaillir de son cœur les invocations les plus ardentes, car la Vierge lui recommande de prier la future bienheureuse.

Le 31 mai 1898 clôture la fin de ce cycle merveilleux. Jeanne d’Arc, apparaîtra une dernière fois à Marie Martel, selon sa promesse, au trentième jour de sa béatification, le 17 mai 1909. Sa chevelure est ornée de deux lys, l’un épanoui, l’autre en bouton : le lys ouvert, symbolisant la béatification, le splendide bouton au-dessus de la fleur, annonçant la canonisation.

Le 16 mai 1920 à Rome, soit 23 ans plus tard, jour pour jour, Jeanne fut déclarée sainte à Rome.